Un peu d'histoire...
( c'est long mais très complet)

Avant un peu de géographie pour comprendre les choses:

La Hongrie se situe au sud et a l'est des derniers contreforts alpins, qui font place, après une zone intermédiaire
de volcanisme au nord du lac Balaton, en particulier, et de collines, a une vaste plaine très plane (sic), l'Alföld, qui
s'étend jusqu'aux Carpathes a l'est et au sud.
Malgré les divagations du Danube et de son affluent la Tisza dans la région sablonneuse de la Puszta, c'est en grande partie une région de culture aisée, et ou l'on se déplace rapidement. A une exception prés, bien sur : le Danube, qui occupe un espace de plus en plus large vers le sud, a proportion que le relief, devenu plat, le laisse s'étendre sans opposer de résistance. Tout cela a eu des conséquences

Historiques majeures:

1 - Le Danube pouvait servir de rempart contre les invasions venu du nord-est, a condition de bien contrôler militairement les régions ou il est guéable, principalement Budapest (Aquincum sous l'Empire romain);

2 - La plaine pannonienne et les collines de Transdanubie (la partie a l'ouest du Danube) se sont trouvées très convoitées, à la fois pour des régions agricoles (l'implantation de la vigne remonte aux Romains), climatiques (les mêmes romains avaient installé des stations balnéaires au bord du lac Balaton) et stratégiques (voir le 1).

3 - Ce vaste espace a été plusieurs fois ravagé militairement, et ses habitants ont du constituer des défenses adaptées à un pays qu'on pouvait traverser rapidement: d'ou la tradition des soldats et des cavaliers hongrois, galopant héroïquement et galamment a travers la plaine... et celles des aristocrates arrogants et fiers de leur indépendance (pourtant souvent très relative).

Ce blah-blah, je l'espère, ne vous a pas trop décourage. Je passe désormais a une présentation plus traditionnellement chronologique...

Sans remonter à l'âge de fer, disons que la Pannonie commença a être traversée de populations diverses venues du nord-est (Scythes, Thraces, etc.) au premier siècle avant JC. La Transdanubie fut conquise définitivement par les Romains sous Auguste (27 avant JC - 14 après JC), et intégrée en 10 de nôtre ère a la province de Pannonie. Un camp militaire, future capitale provinciale, fut créé en 2 de notre ère au nord de l'actuelle Budapest: C'était Aquincum, qui a son apogée devint une grande ville de garnison et d'échange avec les tribus vivant au-delà du Danube. Rome se servait de ces échanges et de ses alliances pour diviser ces différents peuples, et assurer la sécurité de ses provinces.
- La pression de peuples venant du nord-est poussa ces peuples frontaliers en difficulté à se dresser contre Rome: a partir de 161 et jusqu'à la fin des années 170, l'empereur Marc-Aurele dut affronter les assauts des Sarmates, Yaziges, etc. La poussée de ces peuples, et notamment des Goths au IIIe siècle plaça l'Empire romain en position critique sur le Danube.
Paradoxalement, la Pannonie et notamment Aquincum en profitèrent, qui devinrent d'importance stratégique pour l'empire. La province fut très bien ravitaillée, munie d'un réseau routier performant, de nouvelles défenses et de toute une parure monumentale (théâtre, forum, thermes...) coûteuse. Les armées de Pannonie et des provinces voisines fournirent de bons généraux, qui s'imposèrent a la fin du troisième siècle comme hommes providentiels, et empereurs.
- La crise reprit au Ve siècle, autrement sérieuse: le dispositif militaire de défense ne tint pas le choc, et les Goths traversèrent la Pannonie, avant que la région ne soit occupée dans les années 440-450 par les Huns, qui restèrent dans la mémoire collective des Hongrois comme un des peuples fondateurs de leur culture. Attila est toujours considérée comme un héros.
La présence des Huns et de leurs coutumes est attestée au VIe siècle par les fouilles funéraires, qui montrent des crânes allongés vers l'arriéré, conformément a la pratique hune des bandages serres autour de la tête.
Les premières années du VIIe siècle virent les invasions des Avars, puis celles des Bulgares. Une confusion politique semble avoir régné jusqu'au VIIIe siècle, quand l'Empire byzantin reprit contrôle de la situation. Pour peu de temps: de nouvelles vagues bulgares, la venue des Moraves, des Croates, et enfin à la fin du IXe siècle les invasions des Hongrois survinrent, pour achever de donner a ce tableau chronologique un air de désordre complet. 896 est sans doute une dâte incertaine, mais c'est alors que la tradition (qui ne se trompe d'ailleurs sans doute pas de beaucoup), veut que Buda ait été fondée.
- Puis commença la christianisation des Hongrois, selon un schéma classique: conversion d'un roi (saint Etienne de Hongrie), révolte paienne aristocratique (et martyr de Saint Etienne), envoi de nouveaux missionnaires, conversion définitive du régime, avant la conversion des "couches populaires". Le pouvoir central s'affermit vers l'an 1000, autour d'Alba Regia (Szekesfehervar), ce dont attestent les ornements du couronnement des rois de Hongrie, conserves au musée national: robe de couronnement qui y fait référence, couronne de Saint Etienne (plus tardive)...
Les premiers éléments linguistiques hongrois (donc appartenant au groupe finno-ougrien) sont visibles sur une donation monastique d'un roi datant de 1055. Le lien entre la religion catholique et la royauté fut très fort à partir de ce moment: la Hongrie donna à l'Église catholique une reine sainte, Sainte Elizabeth de Hongrie, qui renonça a sa royauté pour vivre selon une réglé monastique; et de nombreux croises, surtout quand, au XIVe siècle, la Croisade dut se faire en Europe contre les premiers envahisseurs ottomans: alors que la chevalerie traditionnelle de France, et du Saint-Empire, se montrait impuissante face à eux lors de la bataille de Nicopolis (1396), les cavaliers hongrois permirent d'endiguer et de ralentir le mouvement. Il reste que la Hongrie elle-même céda devant l'énorme puissance turque, apresun siècle et demi de résistance et après la chute de Constantinople qui libérait des troupes ottomanes.
- Le règne de Matthias Corvin, dans les années 1480, fut a la fois le symbole de cette résistance et d'une réelle puissance hongroise: une jeune dynastie chercha alors a travers Matthias a compenser sa noblesse relativement peu prestigieuse par une politique culturelle audacieuse, inspirée de l'humanisme italien: cour brillante, médailles et écrits philosophiques dans le goût italien en témoigne.
La mort de Matthias, et surtout la défaite de Mohacs devant les Turcs en 1519 marquèrent un affaiblissement de la monarchie hongroise, avant que le pays ne soit proprement submerge après 1565. La Hongrie était alors partagée entre des territoires sous autorité autrichienne, d'autres sous autorités directe turque, et une principauté hongroise de Transylvanie (alors hongroise), tributaire des Ottomans mais très autonome. Cette dernière allait peu a peu passer sous autorité turque directe. L'héritage ottoman ne se limite pas a la présence de bains trucs célèbres. Pecs conserve une mosquée et une petite communauté musulmane. C'est aussi dans le contexte de cet affaiblissement que la reforme, sous des formes deplus en plus radicales, allait s'imposer dans l'est du pays, dans la principauté de Transylvanie et autour de Debrecen; les Habsbourg durent jusqu'au bout, bien malgré eux, tolérer des protestants assez prompts a la révolte.
- La reconquête eut lieu après le reflux ottoman qui fit suite au second siégé de Vienne par les Turcs en 1683. En 1699, le traite de Passarowitz libérait le nord du pays; en 1717, la paix de Karlowitz marquait l'achèvement de la libération de la Hongrie ...qui passait sous la tutelle autrichienne.
Comme en témoigne le grand poème épique de la Zrinyade, tous les aristocrates hongrois, même les plus hostiles aux Turcs, n'étaient pas nécessairement favorables aux Habsbourg, et de 1704 a 1707, Rakocsi Ferencmena une guerre aristocratique contre les "libérateurs". Liquidée souvent sans ménagement, la révolte allait laisser le pays échaude et quand la guerre de Succession d'Autriche éclata en 1740, les hongrois furent les plus fervent partisans de Marie-Thérèse (dont les couleurs jaunes sont encore visibles dans la peinture d'un certain nombre de façade de l'époque), c'est-a-dire de la puissance habsbourgeoise.
- Le XVIIIe siècle en Hongrie fut plutôt marque par une renaissance de l'identité culturelle: comme dans d'autres pays d'Europe centrale, l'influence des jésuites, utilises comme armes spirituelles contre les protestants, se traduisit par la publication d'ouvrages très sérieux sur la langue hongroise et de grammaires, pondues par des jésuites acquis a la culture locale, et qui permirent au hongrois de n'être plus seulement la jactance des paysans, mais d'être parlé, par snobisme et fierté, par les bourgeois.

- Passons sur les années de la Révolution; les années qui suivirent la défaite de Napoléon furent celles de la politique réactionnaire de Metternich en Autriche: presse contrôlée, répression féroce de tous les mouvement d'opposition, catholicisme renforce, centralisation autour de Vienne. Ce mouvement fut quelque peu mine par la présence, notamment dans la haute aristocratie hongroise et dans la bourgeoisie, de revendications plus libérales, auxquelles la municipalité de Pest fut plus sensible dans les années 1830. Le soulèvement de 1848 fut un soulèvement national de grande ampleur, très varie politiquement (des jacobins romantiques tels que le poète Petofi Sandor, au libéralisme aristocratique du comte Batthany, qui dirigea le gouvernement provisoire, et de Deak Ferenc), qui menaça fortement la puissance autrichienne, ebranlée a Vienne même. L'intervention russe, en 1849, donna lieu a une reconquête sanglante, et à une nouvelle politique réactionnaire dans les premières années du règne de l'empereur autrichien François-Joseph. La prospérité économique joua cependant dans le sens de la renaissance d'un libéralisme - oh, beaucoup plus modéré, car il ne s'agissait plus de quitter l'empire - dans les années 1850. Le terme en fut le compromis de 1867, qui reconnut François-Joseph empereur d'Autriche ET roi de Hongrie, la Hongrie s'annexant tout le sud et l'est de l'empire. Les Tchèques essayèrent en 1870 d'obtenir une concession semblable, a laquelle les Hongrois, ou du moins le parlement de Hongrie, très aristocratique, s'opposa. Il faut dire que le gouvernement de Deak Ferenc, libéral, s'affaiblit peu a peu de 1867 a sa chute en 1871, au profit d'aristocrates beaucoup plus conservateurs, héritiers de la répression de 1849.
Pour eux, le compromis de 1867 était un état définitif; conséquences diverses de cette dérive réactionnaire, la politique de magyarisation (d'imposition de la langue hongroise a tous les peuples du royaume, au besoin par la force) et un régime électoral censitaire, alors que les élections au parlement de Vienne étaient, en Autriche et en Hongrie, au suffrage universel, allaient faire surgir le problème des nationalités de façon suraiguë en Autriche-Hongrie, et permettre la contestation de la légitimité du compromis. Celui-ci, de plus, rendait la situation administrative affreusement compliquée: les ministères, les compagnies d'État, les institutions publiques se répartissaient de façon incompréhensible entre institutions "imperiales-royales" (K.-k.) et "imperiales-et-royales" (K.-u.-k.), d'ou le surnom donne a ce désordre administratif par ailleurs si bien hiérarchise et efficace: la Cacanie. Les aristocrates hongrois se servaient ouvertement du système, qui dénonçaient constamment les atteintes a la souveraineté hongroise perpétrées par l'État central, tout en utilisant les nombreux postes offerts a eux par cette fonction publiques pour garantir les revenus et la position sociale de leurs enfants.Les années 1867-1914 sont souvent représentées, avec nostalgie, comme un âge d'or: 1873 vit l'unification de Buda et de Pest en Budapest, la Hongrie prospérait et s'industrialisait, jusqu'à la célébration triomphale du millénaire de sa capitale en 1896. Budapest servit alors de vitrine de la modernité austro-hogroise pour l'Europe: métro, ponts (dont le grand pont Elizabeth, dédié a l'impératrice)...
Budapest était devenue une grande capitale européenne; et ses élites s'occidentalisaient, comme en atteste l'importance des revues Nyugat ("Occident", pour l'information générale) et "Huszedik szazad" ("Vingtième siècle", pour la littérature)dans le bouillonnement culturel de l'Autriche-Hongrie d'avant-guerre. La guerre de 1914-1918 fut fatale a la Hongrie, non seulement parce que la défaite alla avec la fin de la monarchie de Vienne et de Budapest, mais parce que le traite de Trianon suscita un fort ressentiment: la Hongrie démembrée était certes homogène, mais des minorités hongroises importantes se trouvaient reparties ca et la, localement majoritaires, dans les nouveaux Etats d'Europe centrale, parfois très empresses de faire une sorte de magyarisation a rebours. La révolte communiste de Béla Kun en 1920 fut un échec, et un régime assez autoritaire (bien que parlementaire, avec pluralisme politique, certes limite aux partis non-communistes) fut mis en place par l'amiral Horthy, dans un cadre institutionnel absurde, puisque la Hongrie était un royaume, mais que les Alliés interdisait au prétendant au trône d'entrer sur le territoire du pays: Horthy fut le paradoxal "Amiral-régent d'un royaume sans roi ni flotte", la Hongrie ayant perdu dans le traite de Trianon ses cotes de Croatie.

- Les années 1920 et une partie des années 1930, par ailleurs marquées par une certaine reprise économique, furent celles de la perpétuelle revendication pour une retour sur les frontières de 1920: ce fut le "révisionnisme hongrois", honni de tous les pays ou la magyarisation était restée un souvenir tenace et cruel. Au cours des années 1930, dans l'espoir d'un succès sur ce plan et par crainte de la Russie soviétique, le gouvernement s'associa aux dictatures fascistes, et il reprit certaines mesures antisémites.
- En 1942, les Allemands "récompensèrent" cette fidélité par l'octroi d'un bout de Transylvanie (mais non pas tout, car la Roumanie était un autre allie d'Hitler), ce que le gouvernement hongrois présenta comme un triomphe... En 1944, cependant, l'armée rouge s'approchait dangereusement de la Hongrie, et Horthy tenta de négocier avec les Russes; les nazis imposèrent sa déposition, et le régime nazi des croix fléchées de Szalazi Ferenc, seule phase ou la politique antisémite de la Hongrie se traduisit par des déportations, malgré les efforts de l'ambassade de Suède et de l'ambassade américaine pour protéger les juifs hongrois. La prise de Budapest en février 1945 par l'armée rouge laissa la ville en ruine, et le pays occupe.
Cependant, les élections de l'après-guerre montrèrent l'insuccès du PC hongrois, qui s'imposa cependant, sous pression militaire, comme partenaire de coalition au principal parti, le parti des petits propriétaires. De la, les communistes purent contrôler l'appareil d'État et assurer leur mainmise sur le pays. Aux communistes "nationaux", résistants de l'intérieur, plus indociles, Staline préféra Rajk, nettement plus servile, qui épura le parti. La révolte de 1956 fut une conséquence indirecte du rapport du XXe congre du Parti Communiste d'Union Soviétique, qui mettait en cause les crimes de Staline, et plus directement du succès de la révolte des Polonais contre leur appareil communiste stalinien. Nagy Imre était un communiste, écarte depuis quelques années, et éminemment populaire, a l'inverse de Rajk.
Voyant la difficulté a concilier une révolte nationale avec un communismetéléguide depuis Moscou, il tenta début novembre, une fois a la tête du PC hongrois, de faire rentrer la Hongrie dans le camp des neutres - donc hors du pacte de Varsovie. Le 4 novembre, les chars russes écrasaient l'insurrection, grâce notamment a la trahison d'un communiste pourtant lui aussi écarte par les staliniens, Kadar Janos, qui allait dominer, de façon très rusée il faut bien le dire, la Hongrie pendant trente ans. Il put, dans les années 60, libéraliser en partie l'économie du pays, permettant a des entreprises privées de petite taille d'exister et d'importer; ce système, le "communisme du goulasch", ne constituait cependant qu'une compensation des effets de l'économie dirigée, sans cependant prévenir en tout point les pénuries. Il permit toutefois des rapprochement économiques significatifs avec le voisin autrichien, et donna a la Hongrie un embryon de société de consommation. Celle-ci est venue en force après 1989 et la libéralisation, largement imposée par le jeune garde du PC hongrois, qui reprit le symbole de Nagy, communiste et héros national, lors des grandes manifestations qui accompagnèrent ses obsèques officielles en juin 1989. Ce fut le même PC, renomme parti socialiste, qui choisit de tenir des élections libres en 1990.

- Depuis, la Hongrie a connu l'alternance politique a deux reprises, des évolutions économiques très contrastées (un enrichissement a l'ouest, un appauvrissement a l'est; un appauvrissement de peut-être la moitié de la population, et l'enrichissement d'une minorité - pas insignifiante, cependant: peut-être 20% des Hongrois, ou un peu plus -, dans l'attente d'une intégration européenne. 1956 semble avoir surtout, par contre-coup, entraîne une culture politique du compromis, de la patience et des évolutions a long terme, et certes il risque de falloir de la patience avant l'entrée dans l'UE, ou avant que celle-ci ne produise des effets très sensibles.

 

(Il y a sans doute des fautes d'orthographe a corriger, en français et en hongrois. J'espère seulement que c'est vaguement compréhensible...)


- Ce texte a été écrit par un de mes copains "dés"agrégé d'histoire"...

 

 

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